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3 Commentaires

  1. 1

    martignoni

    Questions au futur Président de la République sur les Jeux d’argent et la Politique Des Jeux de la France

    Jean-Pierre MARTIGNONI-HUTIN, Sociologue
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    1. Monsieur le Président de la République, comptez-vous développer le secteur des jeux d’argent – facteur d’emplois, d’activités et de recettes pour l’Etat, les communes, le sport, la culture – ou, comme le gouvernement précèdent, mettre l’accent sur le jeu pathologie maladie, cette « addiction sans substance » qui fait débat dans la communauté scientifique internationale car porteur d’une pathologisation abusive de l’ensemble des comportements et passions humaines ?

    2. Monsieur le Président, les jeux de hasard représentent un formidable « impôt volontaire » ou seuls ceux qui jouent cotisent. A l’heure ou les français subissent un matraquage fiscal, pensez vous, comme le suggèrent certains observateurs, développer cet « impôt démocratique »(1), par exemple en lançant de nouvelles loteries fortement dotées, comme le font les américains avec le power-ball et comme le perpétuent depuis 1812 les Espagnols avec la Loteria de Navida ? En relançant l’impôt ludique l’Etat ne ferait en effet que renouer avec l’Histoire. Les loteries importées d’Italie par Casanova, ont fait rentrer de l’argent dans les caisses publiques. Les révolutionnaires de 1789 avaient eux-aussi compris l’intérêt de cet « impôt citoyen » en transformant la Loterie Royale en Loterie Nationale. La manne ludique a également aidé les Gueules Cassées de la Grande Guerre et en 1933 les parlementaires ont réintroduit la Loterie pour lutter contre les calamités agricoles. Dans toutes ces époques, le jeu n’était pas synonyme de maladie ou de drogue mais de « solidarité ». Comme l’a précisé le Professeur Tremblay de l’Université du Québec à Montréal, « l’exploitation par les Etats des jeux de hasard est un phénomène universel dont la finalité originelle est humanitaire et vise le développement du bien commun. Les jeux d’argent exploités par les Etats sont de véritables taxes volontaires, voire enthousiastes. »

    3. Le gouvernement socialiste a curieusement nommé comme responsable des études de l’Observatoire « Des Jeux » (ODJ) l’ancien directeur de l’Observatoire « des drogues » limogé par Etienne Apaire le Président de la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie). Ce qui revient symboliquement à assimiler les joueurs à des « drogués » et les opérateurs de jeux à des « dealers ». Ne pensez-vous pas Monsieur le Président, que les passions ludiques de nos concitoyens, et l’activité des professionnels qui travaillent dans ce secteur, méritent un autre traitement et qu’il est nécessaire de rebattre les cartes en matière d’études sur les jeux d’argent, afin que l’ODJ devienne un observatoire pluridisciplinaire neutre, qui rende compte scientifiquement des jeux de hasard et d’argent, comme l’avait imaginé ses fondateurs ? (2)

    4. Monsieur le Président, Anne Hidalgo a repoussé avec mépris la proposition d’implanter un casino international dans notre capitale, projet pourtant préconisé par le Préfet Jean-Pierre Duport. Pensez-vous rouvrir ce dossier quand vous entrerez en fonction, afin que Paris se dote – comme la quasi totalité des métropoles européennes – d’un casino prestigieux ? Un casino made in Paris deviendra certainement un casino prestigieux, peut être l’un des premiers au Monde vu l’attractivité de la capitale et la présence de nombreux touristes et visiteurs ( chinois, asiatiques, américains, russes …… ) qui généralement ne viennent pas les poches vides quand ils fréquentent Paris pour le tourisme ou les affaires (3). Un partenariat avec Carolyn Goodman (maire de Las-Vegas) et les groupes américains (Caesar Entertainment, MGM, Las Vegas Sands…) pour exploiter la symbolique des deux villes – dans un package ludico-festif et historico-culturel Las Vegas/Paris » – étant susceptible de séduire de nombreux américains. Quant aux touristes chinois (2,2 millions en 2015) ils représentaient une cible particulièrement attractive pour un futur casino parisien. Ils dépensent actuellement 3500 euros. Une innovation majeure (application Smartphone Aliplay lancé par Alibaba) leur permet désormais de dépenser jusqu’à 30 000 euros sans transporter de liquide, quand ils voyagent à l’étranger .

    5. Toujours à Paris, l’Assemblée Nationale vient d’autoriser pour trois ans les « clubs de jeu » pour assainir la situation des ex « cercles » parisiens. Soutenez-vous cette expérimentation, qui répond à une demande ludique locale spécifique, tout en réduisant les jeux clandestins, ou pensez-vous, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, que c’est un « projet funeste, contraire aux intérêts des Parisiens » ?

    6. Comme vous le savez Monsieur le Président, la France possède un précieux patrimoine casinotier avec plus de 200 exploitations. Ce secteur est en difficulté structurelle (-22% de 2007 à 2014). Certaine établissements sont en déficit chronique comme le casino de Lille, qui rapporte pourtant chaque année 10 millions à la ville de Martine Aubry. Surfiscalisée, surréglementée… l’économie casino a besoin d’oxygène et de liberté. Pensez- vous, comme le souligne certains observateurs ( 4), que la France possède un patrimoine casinotier qui pourrait être mieux valorisé ? Quelles mesures prendrez-vous pour dynamiser l’économie casinotière (jeu, hôtellerie & restauration haut de gamme, thermalisme, spectacles, manifestations culturels…) tout en sachant qu’elle participe au tourisme français pour lequel 2017 sera une année « cruciale » (5)

    7. Toujours dans ce secteur Monsieur le Président, les machines à sous ont permis l’ouverture sociologique et démocratique des casinos et ont sauvé de nombreuses exploitations. Mais sous la pression d’ associations anti jeu, de la doxa du jeu pathologie, de l’administration, un contrôle aux entrées (CAE) a été rapidement introduit. Ne pensez-vous pas qu’il faut supprimer ce contrôle aux entrées responsable pour partie de la décroissance des casinos ? La police des jeux et les casinotiers ayant largement les moyens de surveiller la clientèle indélicate ou « interdite de jeux », qui est très minoritaire. (35 000 personnes) Par ailleurs, s’il est plus que jamais nécessaire de surveiller et d’identifier les flux financiers dans le cadre de la lutte anti blanchiment et contre le financement du terrorisme (LAB/FT) TRACFIN, en collaboration avec la profession, a largement les moyens de le faire sans ce CAE généralisé, qui a concerné 32 millions de personnes en 2015 !

    8. Monsieur le Président, grace à Christophe Blanchard Dignac longtemps à la tête de la Française des jeux ( FDJ) et désormais grace à Stéphane Pallez, la FDJ surperforme depuis plusieurs années, dépassant la barre des 10 milliards. C’est une bonne chose pour les finances publiques. Mais dans le même temps, la FDJ met en avant une « soi disante » politique de lutte contre l’addiction qui ne trompe personne. Ne pensez-vous pas que cette hypocrisie a assez duré et qu’il faut que la FDJ et l’Etat – son principal actionnaire – assument pleinement le fait de vendre des jeux ? Dans le cas contraire n’est il pas venu le moment de privatiser la FDJ et d’ouvrir les loteries et les jeux de grattage à la concurrence ? Quelle est votre position sur cette question sensible?

    9. La filière hippique et ses 6,5 millions de turfistes irriguent les territoires, avec ses hippodromes, ses cafés PMU, ses métiers du secteur cheval, et fait rayonner la France à l’international, avec ses Grands Prix, ses ventes de yearling, l’activité du PMU dans le monde… Monsieur le Président, quelles mesures comptez-vous prendre pour soutenir les paris hippiques et la « filière cheval » qui occupent 180 OOO personnes, dont 30 000 travaillent dans le secteur des courses ?

    10. Monsieur le Président avec la loi du 12 mai 2010 la France – sous la pression de Bruxelles – a tardivement légalisé le ludique digital en ouvrant à la concurrence certains jeux de hasard sur internet (poker, paris hippiques et sportifs). Mais à cause de contraintes technico-règlementaires trop lourdes et d’une fiscalité confiscatoire, la moitié des opérateurs ont cessé leur activité (35 en 2010, 16 en 2015 ) Sans forcément « supprimer l’ARJEL » comme l’ont proposé récemment certains parlementaires, n’est il pas tant de lâcher un peu la bride aux opérateurs virtuels pour que ce secteur de l’économie numérique puisse enfin prendre son essor, comme l’a fait Sébastien Soriano le Président de l’ARCEP avec une régulation a minima pour développer « l’internet des objet » ? Cette liberté permettra aussi de juguler l’évasion ludique et fiscale des gros joueurs de poker et de lutter contre les pratiques de jeu sur des sites non autorisés?

    11. Monsieur le Président, plus largement, les Jeux d’argent font partie avec l’alcool et le tabac de ce que l’on nomme (à tort ou à raison) « l’industrie du vice ». Le gouvernement socialiste à multiplier les mesures liberticides, réglementaires et fiscales contre ces économies, encore dernièrement avec le « paquet neutre » ( 6) et le slogan « fumer tue ». Mesures morbides extrêmes qui salissent les buralistes, stigmatisent treize millions de fumeurs de cigarettes et de cigares, boostent un marché clandestin déjà très élevé. Mais parallèlement, ce même gouvernement ouvre de tristes salles de shoot et promeut – par le truchement d’un think tank proche du pouvoir socialiste (Terra Nova) ( 7) – , la légalisation du cannabis. Monsieur le Président, ne pensez vous pas qu’il faut « revenir en arrière », en appliquant un principe de précaution responsable mais raisonnable. comme en matière d’alcool avec le slogan : « à consommer avec modération »

    12. Monsieur le Président une dernière question qui est peut être la plus importante. Certains observateurs ( 8) ont lancé l’idée en 2012 d’une « loterie mondiale caritative » qui rapportera plus qu’une taxe Tobin sur les transactions financières, ou qu’une flat taxe sur les billets d’avion. Ne pensez vous pas que la France, dont la voix est écoutée dans le monde, pourrait se faire le porte parole – auprès des organismes internationaux et des grands philanthropes et milliardaires de la planète – de cette proposition susceptible – par l’ampleur du « fond souverain ludique » constitué qui grossirait à chaque tirage – d’éradiquer la pauvreté, la misère et le sous développement… ?
    ——

    Monsieur le Président de la République Française, vous l’aurez remarqué, à travers ces questions sur l’économie des jeux, dont le sociologue Roger Caillois pensait « qu’ils donnent à voir sur notre société », j’ai un peu dépassé la neutralité du sociologue tombant dans la « tentation de l’oracle » qui passe du constatatif au normatif et je m’en excuse. Mais c’est sans doute parce que je pense, comme le disait Clémenceau « qu’il faut savoir ce qu’on veut et quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire » . C’est aussi parce que j’ai la conviction, dans ce domaine comme dans d’autres, que la France a besoin de changements ( basés sur la liberté, la responsabilité, l’autorité…) et que seule, la puissance publique, issue du peuple que vous représenterez, pourra légitimement l’incarner.
    Certes la Cour des Comptes (suite à la Mission menée par les députés Régis Juanico et Jacques Myard) vient de publier un rapport ( précis, intelligent, novateur) sur l’économie des jeux et le Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques (CEC) produira en février 2017 un rapport sur la « La régulation des jeux d’argent et de hasard en France «. La Cour propose 9 Recommandations et notamment de créer un comité interministériel responsable de la Politique des Jeux et une nouvelle autorité administrative indépendante (ARJAH) qui regrouperait : l’ARJEL, la commission des jeux sous droits exclusifs, la commission consultative des jeux de cercles et de casinos et l’observatoire des jeux.
    Mais ce rapport comporte aussi de multiples questions qui méritent débats ( identification de tous les joueurs, taux de redistribution, composition et indépendance de l’observatoire des jeux etc… ). Il souligne indirectement par ailleurs des interrogations politico-économiques fondamentales. La « régulation » des jeux d’argent doit t elle être uniquement une régulation administrative, règlementaire, policière, fiscale ou doit-être également une « régulation économique » ? L’Etat peut-il mener à bien la refondation de la Politique des jeux de la France souhaitée par la Cour, s’il reste en Etat Croupier ?
    Au final ce sera donc bien à vous Monsieur le Président et à votre majorité (et non uniquement : aux opérateurs, aux corps intermédiaires, administrations et multiples commissions concernées…) ; de répondre à ces questions et de donner » les grandes orientations de la Politique Des Jeux de la France » – De notre point de vue de sociologue de terrain, spécialisé depuis plus de 20 ans dans les jeux de hasard et d’argent, ces orientations doivent rompre peu ou prou avec les multiples mesures liberticides du gouvernement précèdent, notamment mais pas seulement celles imposées en matière de santé publique par la doxa du jeu pathologie maladie, en conflits d’intérêts dans cette affaire. Elles pourraient s’inscrire dans les directions suivantes :
    • Liberté
    • Développement du secteur, emplois…
    • Principe de précaution responsable mais raisonnable
    • Refonte de l’Observatoire des jeux
    • Participation des joueurs à la Politique des jeux (les grands oubliés de la politique des jeux qui financent pourtant toute la filière)
    ——
    Jean-pierre.martignoni@univ-lyon2.fr
    ——–

    Notes

    1. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr « Les jeux d’argent : un impôt démocratique : les loteries, casinos et jeux à gratter ont mauvaise presse. Ils permettent pourtant à l’Etat de se financer. Un Etat bien hypocrite et qui aurait tout à gagner à revoir sa politique en la matière.* » (publié sur Les Echos.fr du 30/12/2016) * le sous titre est de la rédaction des Echos

    2. L’observatoire des jeux (ODJ) a été fondé par Jean-Pierre Martignoni (sociologue) Christian Bucher ( psychiatre), Marc Valleur (psychiatre, directeur de Marmottan), M. Vincent Beaustar (avocat). Confer : 1/ JP Martignoni =  » Prolifération des jeux d’argent, misère de la recherche  » (publié dans Les Echos : le quotidien de l’économie du 25 Juin 2001, p.60) ; 2/ JP Martignoni, M. Valleur, M. Vincent, C. Bucher, « Pour un observatoire des jeux en France“ (publié dans les Dernières Nouvelles d’Alsace n°264, 11,12 novembre 2003) ; 3/ JP Martignoni, C. Bucher, M. Valleur, M. Vincent Beaustar = » La nécessité d’une réelle politique des jeux “ (publié dans : Les Echos, 26,27 décembre 2003, p.10, “Idées »

    3. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr « Paris, Macao, la Tour Eiffel ..et Anne Hidalgo « : alors que Paris a rejeté le projet d’un casino parisien, Macao inaugure un gigantesque resort – The Parisian – qui exploite les symboles de notre capitale » (7 pages, 17 notes, octobre 2016 ) publié sur lescasinos.org du 19/10 2016)

    4. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr = « La France, le pays des casinos : LA FRANCE POSSEDE UN PATRIMOINE CASINOTIER EXCEPTIONNEL…. QUI POURRAIT ETRE DAVANTAGE VALORISE » (19 pages, 43 notes, 7 annexes, décembre 2016)

    5. « 2017, année cruciale pour la relance du tourisme français » (C. Palierse, Les Echos, 11 janvier 2017, p.9)

    6. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr « Tabac : le paquet neutre…et après ? » ( 2 pages, octobre 2016) ( publié sur Les Echos.fr 25 octobre 2016)
    7. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr « ARJEL, JEU & CANNABIS : l’imposture intellectuelle de Terra Nova » (5 pages, 21 notes, octobre 2016, publié sur lescasinos.org du 12/10/2016

    8. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr = « TOBIN OR NOT TOBIN ? : GAMBLING ! = POUR UNE LOTERIE MONDIALE CARITATIVE À 1 MILLIARD D’EUROS ( 1,3 millions de $) » = (publié sur jeuenligne.ca, 7 mars 2012)

    © Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr, (Sociologue, Chercheur associé au Centre Max Weber, Université Lumière (Lyon II), Lyon, France, janvier 2017.

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  2. 2

    martignoni

    Néo-prohibition, jeux, liberté
    1
    Certaines propositions des députés Myard/Juanico sur les jeux de hasard et d’argent apparaissent très liberticides
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    Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN
    Sociologue, Chercheur associé au Centre Max Webe (CMW), Université Lumière (Lyon II)
    ———–
    Les dernières « propositions » des députés Myard/Juanico, qui figurent dans un rapport parlementaire (1) appelant « à réformer le monde des jeux d’argent » ( 2) et «la politique publique des jeux » (3), apparaissent comme des mesures extrêmes, très liberticides. Elles concernent – notamment mais pas seulement – l’identification de millions de joueurs, la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LAB/FT), le jeu des mineurs, le jeu pathologique, cette « addiction sans substance » qui fait débat dans la communauté scientifique internationale. (Sur cette question confer un ouvrage que les responsables de la politique des jeux et les médias français n’ont visiblement pas lu : SUISSA A., Le jeu compulsif : vérités et mensonges (Montréal, Fidès, 2005) Confer également l’article d’Aymeric Brody (« Pour une approche du gambling en termes de jeu ») qui recontextualise historiquement la question des jeux de hasard (« une passion condamnée, puis « pathologisée ») dans une livraison de la revue numérique Sciences du jeu (« Questionner les jeux d’argent », 3,2015) que les acteurs politiques du champ ludique et les opérateurs de jeux, qui subissent le diktat de la doxa du jeu pathologie maladie, devraient consulter.)
    Jacques Myard, Régie Juanico et la Cour Des Comptes,
    Ces préconisations – qui ont déjà fait coulé beaucoup d’encre (4) – figuraient déjà dans les « recommandations » de la Cour des Comptes (CDC) sur le gambling et le e.gambling, présentées en octobre 2016 à l’Assemblée Nationale par Didier Migaud (5) Dans un premier article (6) ( confer annexe 1) nous avons qualifié ce rapport de : nécessaire, complexe, utile, précis, audacieux…car soulignant fortement l’absence de Politique Des Jeux cohérente, ce que nous dénonçons depuis des lustres (7) La Cour a rédigé neuf recommandations ( annexe 1) dont les deux premières sont les plus importantes :
    • Créer un comité interministériel responsable de la Politique
    2
    • Confier la régulation de l’ensemble des jeux de hasard – en dur et en ligne – à une nouvelle autorité administrative indépendante (AAI) : l’ARJAH (Autorité de régulation des jeux d’argent et de hasard) qui regrouperait : l’ARJEL, la commission des jeux sous droits exclusifs, la commission consultative des jeux de cercles et de casinos, l’observatoire des jeux ;
    Néanmoins, cela ne veut pas dire que toutes les recommandations des «sages» de la rue Cambon et celles de Jacques Myard (LR , député des Yvelines) et de Régie Juanico (PS député de la Loire) sont paroles d’évangile. Par conséquent ces propositions doivent être commentées, problématisées, réinterrogées… critiquées si nécessaire. C’est ce que nous avons commencé à faire dernièrement sur Radio Notre Dame (8) dans l’émission « Décryptage » en compagnie de Jean-François Vilotte ( ex Pdt del’ ARJEL) et Emmanuel de Rohan Chabot (Z-turf)
    Tous les acteurs et observateurs du champ ludique n’ont pas été interrogés par la Cour des comptes. Les joueurs, les personnels qui travaillent dans les trois filières économiques concernées, les milliers de revendeurs de la FDJ et du PMU ( qui auront à gérer l’identification de plus de 40 millions de joueurs), les chercheurs en sciences sociales et les journalistes spécialisés sur le gambling, sont peu ou prou absents des consultations et auditions réalisées ( confer annexe 2). Par ailleurs, certaines statistiques sur lesquelles s’appuie la Cour, posent de sérieuses questions scientifiques, notamment concernant le jeu des mineurs, le jeu excessif….
    Par conséquent, sans souhaiter – bien au contraire – que ce rapport de la CDC soit enterré (comme c’est parfois le cas des rapports de la Cour… et encore dernièrement) (9) suggérons, que le prochain gouvernement, que le futur Président de la République (auquel nous venons d’adresser 12 questions sur les jeux d’argent(10), que les responsables chargés de construire cette « refondation de la Politique des jeux de la France » voulue par l’institution de la rue Cambon, prennent du recul par rapport à ces recommandations, notamment celles qui apparaissent particulièrement liberticides et peut-être anticonstitutionnelles. (identifier, tracer, ficher tous les joueurs)
    Les « sages » de la rue Cambon ?
    Rappelons également une chose importante concernant la Cour des Comptes. L’expression (politico-médiacatico-institutionnelle) « les sages de la rue Cambon », désigne les « membres » de la Cour, organisme situé 13 rue « Cambon » à Paris ( en hommage à Pierre Joseph Cambon président du Comité des Finances sous la Convention nationale) Au delà de cet aspect géographique, cette formule n’est pas anodine. Elle indique que les travaux de Cour sont empreints, comme ses membres, d’une grande «sagesse ». Ce qui n’interdit pas « l’audace », preuve de son indépendance et de « sa liberté de penser » comme le prouve ce rapport sur les jeux d’argent.
    Pour autant, sagesse n’est pas synonyme d’objectivité. Par ailleurs, cette indépendance est forcément contrainte. De par le financement de la CDC mais surtout, par la position institutionnelle et constitutionnelle qu’elle occupe, qui se situe à « équidistance du Parlement et du Gouvernement » (confer annexe 3 « les missions de la CDC » telles qu’elles sont officiellement définies)
    Certes, les Présidents successifs de la Cour – et notamment feu le respecté Philippe SEGUIN, qui a marqué de son « poids » la vieille institution napoléonienne datant de la loi du 16 septembre 1807 – n’ont eu de cesse de renforcer les moyens, l’efficacité et l’indépendance de la noble institution, pour ne pas que cette équidistance se transforme en
    des Jeux comprenant : les ministères du budget, de l’intérieur, de l’agriculture, de la santé, des sports et de l’économie ;
    grand écart ou, a contrario, en proximités incestueuses. Néanmoins, le fait que son Président soit nommé par le Chef de l’Etat, tempère forcément son indépendance, même si le premier magistrat de la Cour est inamovible.
    Nous travaillons actuellement sur ce rapport de la Cour. Un document dense, compliqué, passionnant. (188 pages, 10 annexes). Malgré sa pertinence, sa complexité, l’excellence de sa sémantique, sa précision, des choses doivent être dites. Ce document, qui fera date, ne doit pas échapper à l’examen critique. C’est ce nous ferons dans d’autres livraisons.
    Ficher plus de 40 millions de joueurs
    Retour aux propositions Myard/Juanico qui apparaissent comme des mesures liberticides disproportionnées, notamment celle de vouloir identifier de manière exhaustive les clients de la Française des jeux et du PMU. Les médias ne s’y sont pas trompés. Certains s’étonnent de ces propositions, délétères pour l’économie des jeux et la liberté des joueurs. « Vers la fin de l’anonymat pour les jeux d’argent? s’interroge Pauline Verduzier dans l’Express du 09/02/2017 « Et s’il fallait bientôt s’identifier avant de jouer au Loto et au PMU » s’étonne Clémentine Maligorne dans le figaro.fr du 10/02/2017.
    Moins interrogatifs, d’autres observateurs « s’inquiètent » à juste titre du « fichage » généralisé d’une population qui se compte par millions. « UNE CARTE POUR FICHER LES JOUEURS » interpelle Paris-Turf.com du 10 février 2017 ( confer annexe 6) « LOTO, PMU, KENO… ÊTES-VOUS PRÊT À MONTRER VOS PAPIERS POUR JOUER ? poursuit dans le même esprit le magazine Capital du 9/2/2017, qui en profite pour effectuer un sondage. Résultat : 74 % des personnes interrogées considèrent que « c’est une mesure de plus de surveillance des citoyens »
    Avec raison, le « monde des courses » s’alarme de cette suspicion illégitime qui pèse sur des millions de turfistes. « La Cour des Comptes veut la peau des jeux d’argent » précise Jour de Galop du 20/IO/2016. ( confer annexe 4) UNE MESURE QUI POURRAIT S’AVÉRER DANGEREUSE, souligne Paris turf.com du 21 octobre 2016) ( confer annexe 5)
    Il faut dire que le PMU a été mis en accusation fortement et directement par la Cour dans son rapport, dans un procès qui ignore : les traditions du turf, l’histoire des courses, la sociologie de la population des turfistes (qui « bénéficie » par exemple depuis longtemps d’une proportion très importante de joueurs « d’origine étrangère » et, dans une moindre mesure, de joueurs « étrangers »)
    Désormais donc, pour le truculent Jacques Myard, qui aime pourtant la liberté et l’exerce souvent dans l’hémicycle ou dans sa ville de Maison Lafitte (bien connue des parieurs hippiques pour son hippodrome) le petit turfiste (appelons le Charles en référence à une publicité célèbre pour le PMU ) (11) après avoir fait son papier, devra montrer sa carte d’identité pour flamber 20 euros le dimanche dans son Bar/ PMU. Surréaliste.
    Désormais donc, pour les « sages » de la Cour des comptes, la petite retraitée – (appelons-la mamie Gibert en mémoire à nos études de terrain sur les espaces de jeu et l’ analyse de la correspondance des joueurs de loto ) (12) – devra sortir son passeport pour faire son Loto à 2 euros (13). Consternant.
    Quelles sont les raisons de « sécurité nationale » qui imposeraient ce « contrôle généralisé d’une population très importante (74% des Français ont joué au moins une fois dans leur vie et 56,2% au moins une fois au cours de l’année écoulée) alors qu’on nous serine quotidiennement qu’un contrôle de nos frontières serait impossible à rétablir ?
    Ces mesures viseraient à lutter contre le jeu excessif, le jeu des mineurs, les interdits de casinos, le financement du terrorisme, le blanchiment d’argent, les mouvements de capitaux, la circulation de cash etc…
    3
    TRACFIN
    Diantre ! A qui fera-t-on croire que Tracfin et la CNS ont besoin de ces mesures pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. A qui fera-t-on croire que la Sous direction des courses et jeux a besoin de cette usine à gaz pour empêcher les interdits de jeu (qui sont avant tout des interdits de casinos) de continuer à jouer chez les revendeurs FDJ et dans les cafés PMU.
    La profession casinotière a procédé pour la saison 2015-2016 à plus de 32 millions de contrôle aux entrées (CAE) dans ses 200 exploitations, pour – tenez-vous bien – empêcher une population de 35 000 personnes (« interdits de jeu volontaires » ou « ANPR » : « à ne pas recevoir » ) de venir flamber à la roulette ou aux machines à sous. On marche sur la tête.
    Ce contrôle aux entrées, qui a coûté très cher aux casinos lors de son installation le 1° novembre 2006, n’est sans doute pas étranger à la forte décroissance qu’ont connu les exploitations dès 2007, même si l’interdiction de fumer ( qui date du 1° janvier 2008) explique aussi pour beaucoup cette hémorragie. De 2007 à 2014 les casinos français ont en effet vu leur PBJ chuter de – 22 %.
    Conséquences : le nombre d’emplois dans la profession a diminué de 8,11% de 2009 à 2014 et – souligne la Cour des comptes ( page 43 du rapport) – « les difficultés récurrentes des casinos ne sont pas sans impact sur les collectivités locales d’implantation dont elles constituent souvent un élément important de l’animation touristique et de l’activité économique »
    Fort de ce succès ( sic), députés, cour des comptes et bien entendu doxa du jeu pathologie maladie voudraient désormais généraliser ce système à l’ensemble du réseau ludique terrestre, c’est-à-dire dans 44 700 points de vente (12 800 pour le PMU, 31 900 pour la FDJ). Consternant. Ils se croient tout permis et ils se permettent tout.
    Certains groupes casinotiers sont pour, cela rétablirait l’équilibre pensent-ils. On peut comprendre. Néanmoins ils feraient mieux se battre pour que le contrôle aux entrées des casinos soit supprimé, au moins pour les machines à sous. La profession a connu une période très faste pendant plusieurs années grâce à l’ouverture sociologique et démocratique des casinos où l’entrée était libre pour jouer aux machines à sous, à condition d’avoir 18 ans. Cela se passait très bien. Police des jeux, honorables correspondants, sécurité des casinos, physionomistes, surveillance vidéo, personnels, caissiers…. continuaient de surveiller « discrètement » les rares personnes indélicates et cela était très efficace.
    A consommer avec modération un slogan aimable – responsable mais raisonnable – préférable au slogan nocebo : fumer tue !
    Au final en réalité, il faut désormais s’interroger pour savoir si l’Etat ne s’engage pas – doucement mais surement – dans une néo prohibition qui ne veut pas dire son nom, aussi bien en matière de jeux que de tabac (14). Les producteurs de vins, d’alcool et de spiritueux ont mieux su lutter contre «ce principe de précaution exacerbé», cette hygiénisation de la vie sociétale qui empoisonne les Français tout en les culpabilisant. Le slogan ( l’abus d’alcool est dangereux pour la santé : à consommer avec modération » ) apparaît comme un slogan aimable, bienveillant – responsable mais raisonnable – et respectueux des libertés.
    Cette lutte à payer. Les gazettes annoncent que « le vin retrouve les faveurs des jeunes Français »(15). Et pourquoi pas Madame Touraine ! Côtoyer Bacchus (16) avec
    4
    modération est certainement meilleur pour la santé que de boire du Coca ou des boissons énergisantes. Le très sérieux journal Les Echos – le quotidien de l’économie – précise que le gouvernement est même prêt à « réformer la vente d’alcool» (17) Mieux, brisant le tabou de la loi Evin, vieille de vingt quatre ans, l’exécutif « ne ferme pas la porte à une évolution de la publicité sur l’alcool » (18) Madame Touraine « émue », et qui visiblement « ne lève jamais le coude », s’est ouverte les veines car le Président Hollande a approuvé cette évolution.
    Il faut dire que les parlementaires se sont mobilisés et notamment les sénateurs. Outre qu’ils apprécient les bons crus, servis quotidiennement pour pas cher au restaurant du Palais du Luxembourg, les ouailles de Gérard Larcher savent que dans les 35 500 communes françaises, il y a de nombreux « terroirs » qu’il faut préserver, développer. Ce dont semble se moquer la fille d’Alain Touraine (19) qui ignore sans doute également que la France, 3° exportateur de vin derrière l’Espagne et l’Italie, est désormais talonnée par le Chili qui a une « véritable politique d’Etat en faveur du vin. » (20)
    Les opérateurs de jeux, et notamment les casinotiers, feraient bien de s’inspirer du travail de « lobbying positif » mené par les producteurs de vin et la filière vinicole. Les multinationales du tabac et la confédération des buralistes également. Une politique de R&D offensive et innovante, qui n’exclut pas les recherches en sciences sociales, étant susceptible de convaincre progressivement la représentation nationale, qu’en matière de jeu et de tabac nous sommes allés trop loin et qu’il faut désormais revenir à une politique responsable… mais raisonnable.
    Grâce à Marie Sol Touraine nos civettes ressemblent désormais à des étales de boucheries pornographiques
    Mais nous n’en sommes pas là. Chacun connaît l’augmentation récente du prix du tabac à rouler, qui touche avant tout les jeunes, les vieux, les pauvres… et tous ceux en réalité qui n’ont plus les moyens d’acheter des cigarettes à cause de l’inflation exorbitante qu’a connu le « paquet de clopes ». « Depuis 1990 le prix du tabac est passé de 1,5 euros à 7 euros » (21) soit une augmentation de 470 %.
    Chacun constate qu’avec les oukases de Marie Sol Touraine sur le soi disant «paquet neutre», nos civettes ressemblent désormais, à des étales de boucheries pornographiques, à des salles de morgue, à des tables d’opérations chirurgicales. Scandaleux. Ils se croient tout permis et ils se permettent tout.
    Les petits délinquants et les gros bonnets qui exploitent le marché illégal du tabac se frottent les mains… et pas seulement à Barbès ou à Marseille. Les buralistes manifestent en janvier 2017(22) et ce n’est pas la première fois (23) En vain. La signature le 15 novembre 2016 d’un « protocole d’accord » (sur la modernisation du réseau des buralistes 2017-2021, intitulé « le buraliste de demain »,) entre le très malin Christian Eckert et Pascal Montredon ( Président de la confédération des buralistes) constitue en réalité une victoire à la Pyrrhus.
    Dans le même temps, la ministre de la santé inaugure de sinistres salles de shoot à Paris, Strasbourg… en attendant d’inonder la France – cher pays de mon enfance – de ses tristes « baraques »… comme en Suisse. Madame Touraine veut des junkies propres et en bonne santé. On croit rêver. De son côté le think tank Terra Nova, certains dirigeants socialistes démagogues, sans oublier le responsable des études de l’Observatoire des jeux ( JM Costes) demandent, dans une belle « imposture intellectuelle » (24), la légalisation du cannabis et la création d’une autorité de régulation du shit, comme avec l’Arjel pour les jeux en ligne. Consternant.
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    Cette politique antinomique ( la clope non ! le pétard oui ! sans parler du subutex et de la méthadone ) scandalise une France profonde qui votera bientôt et souhaite de plus en plus « balayer toute cette merde » !. Ne nous y trompons pas, si une majorité de Français sont en colère, ce n’est pas seulement à cause des multiples scandales (politiques, financiers, fiscaux, sexuels …affaire DSK), ce n’est pas uniquement du fait de l’incapacité des politiques à traiter des «vraies» questions (chômage, délinquance, violence, grand banditisme (25), pouvoir d’achat, inégalités, immigration, épargne, retraite, santé, pollution, qualité des aliments…) c’est aussi à cause de toutes ces mesures sociétales liberticides qui pourrissent leur vie au quotidien ( la dernière en date étant la vignette anti pollution à coller « d’urgence » sur les voitures).
    Au final nos concitoyens ont l’étrange sentiment d’être pris en permanence pour des pions et même pour des … « cons ». Il n’y a hélas pas d’autres manières de le dire et le lecteur nous excusera. Un sociologue ne devrait pas dire ça, le citoyen peut le faire.
    Les espaces ludiques ne doivent pas devenir des espaces « totaux »
    Pour conclure, nous voudrions rappeler aux politiques, qu’une politique publique ne se règle pas uniquement à coup de mesures liberticides, fiscalistes, règlementaires, sanitaires et policières. Dans ce domaine des jeux d’argent, comme dans de nombreux autres secteurs, la France doit rester un pays de liberté, sans être un pays d’anarchie. Actuellement à notre connaissance, l’hexagone est loin d’être une jungle ludique, un tripot à ciel ouvert. Les contraintes et réglementations sont multiples, très contraignantes, surtout pour les casinos et les opérateurs de jeux en ligne mais aussi pour les joueurs. Trop nombreuses, elles nuisent au développement de notre économie des jeux ( gambling) et à notre rayonnement ludique à l’international. Mais Anne Hidalgo est contente, il n’y aura pas de casino prestigieux à Paris… il s’installera près de Madrid.
    Espaces festifs, espaces à forte sociabilité ou à socialités éphémères, les espaces ludiques ne doivent pas devenir des espaces « totaux ». Certes il y a Bruxelles, mais la France, forte de son exception culturelle, doit se battre et mettre en avant le cas échéant son « exception ludique », préserver ses libertés, son histoire, ses traditions et rester maitre de sa politique des jeux en évitant la tentation néo prohibitionniste, qui ne peut que favoriser le jeu clandestin, l’évasion ludico-fiscale…
    Observatoire des jeux = taux de retour aux joueurs, addiction… et imposture intellectuelle
    Quant au jeu des mineurs, des adolescents, des jeunes adultes de moins de 18 ans, dédramatisons. La majorité n’est pas la même dans tous les pays. Réalisons des études approfondies ethnosociologiques, suivons quelques cohortes sur plusieurs années. Nous n’avons aucune confiance scientifique, aux quelques chiffres fournis par « le responsable des études » de l’observatoire des jeux, outre qu’il n’est pas un spécialiste des jeux d’argent. Voilà par exemple comment JM Costes a résumé sur le site de Bercy son étude sur : « Taux de retour aux joueurs (TRJ) et addiction »:
    « La littérature scientifique n’apporte pas de preuves définitives sur le lien existant entre TRJ élevé et addiction, non parce que ce lien est inexistant mais parce que sa mise en évidence est très difficile, voire impossible à démontrer sur le plan méthodologique. L’argument de l’absence de démonstration scientifique formelle ne permet pas néanmoins de remettre en cause la possible existence de ce lien. » !! (in« Taux de retour au joueur, addiction et blanchiment », Observatoire des jeux (ODJ), mai 2012.)
    Face à ce tels propos ( publiés sur le site du Ministère de l’économie s’il vous plait)
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    face à une telle imposture épistémologique, qui autorise toutes les instrumentalisations, une seule conclusion s’imposait – et nous en avons fait un article – : REDUCTIO AD ABSURDUM » (26) Car cette formule latine, ancienne et pertinente, rend compte d’une personne qui conduit un raisonnement jusqu’à ses plus extrêmes conséquences, y compris absurdes et contradictoires, en allant jusqu’à démontrer la fausseté, voire la ridicule inconsistance, des hypothèses sur lesquelles il repose.
    Au delà de l’imposture intellectuelle que constitue cette pirouette sémantique, cette affaire est grave en réalité. Elle jette un doute scientifique sur toutes les études et cartographies réalisées par l’ODJ. On a l’impression que JM Costes sait à chaque fois ce qu’il cherche et que bien entendu il le trouve. C’est grave car ces « recherches » (les guillemets sont de rigueur, ce sont en réalité des sondages, des QCM auto administrés incérés parfois dans d’autres enquêtes téléphoniques ou en ligne, par exemple le baromètre santé ) sont citées par les députés Myard et Juanico et la Cour des comptes pour justifier les mesures liberticides qu’ils souhaitent imposer aux joueurs. Tout cela n’est pas sérieux. Il faut au minimum, une expertise extérieure sur ces études, au mieux réaliser des recherches sociologiques approfondies et représentatives ( quali, quanti) qui ne soit pas seulement des QCM auto- administrés.
    Jeu, tabac, alcool…. : la doxa (pathologie maladie addiction..) veut mettre nos jeunes dans des bulles mais attention…. pour le shit, c’est une autre histoire
    En outre et plus fondamentalement, précisons la chose suivante sur le jeu des mineurs. La « socialisation ludique primaire » spécifique aux jeux d’argent, ça existe et cela concerne les enfants, les adolescents, les jeunes adultes dont certains seront de futurs joueurs. Et tant mieux pour la FDJ, le PMU, les casinos et les opérateurs de jeux en ligne, sinon à terme il n’y a plus de joueurs. Cette éducation ludique précoce n’est pas forcément malsaine. Elle peut apprendre à certains jeunes à devenir des joueurs responsables, en dissuader d’autres qui vont se brûler les ailes et ne joueront plus du tout. En outre il y a parfois ( comme l’ont montré nos études de terrain) transmission ludique intergénérationnelle de la passion pour les courses, les chevaux et les paris hippiques dans les familles de turfistes, et cela dès le plus jeune âge.
    La doxa du jeu pathologie maladie, certaines associations familiales rigoristes et moralistes, d’autres associations, voudraient mettre nos jeunes dans des bulles pour les isoler des jeux d’argent, du tabac ( mais attention pour le shit, c’est une autre histoire !) C’est impossible et très stupide. D’autre part, tout ce qui est (ou paraît) addictif n’est pas forcément nocif pour nos ados, comme le portable par exemple. Céline Cabourg et Boris Manenti ( deux journalistes de l’Obs) à l’issue d’une enquête de terrain, en apportent la preuve, dans un ouvrage paru récemment. Extraits : « Le Smartphone est devenu le véritable outil de l’autonomisation. Les adolescents s’en servent pour se construire, pour réaménager la relation parents-enfants » (27)
    La nomenklatura parisienne, le peuple français, la liberté
    Nous voudrions au final rappeler aux élites qui nous gouvernent, que dans la devise de la République Française, il y a le mot liberté. A force de vouloir tout contrôler, surveiller, identifier, tracer, fiscaliser, médicaliser, pathologiser les comportements des citoyens, vous creusez de manière irréversible le fossé déjà béant existant entre le Peuple et l’Etat. Cette dictature socio-culturelle soft, cette pensée unique socialo-progressiste, ce principe de précaution exacerbé, font le lit des mouvements populistes antisystème, qui sont presque majoritaires dans les sondages, mais hélas déjà très majoritaires dans le cœur de nos concitoyens.
    Espérons que les « sages » de la rue Cambon reviennent à plus de « sagesse ».
    7
    Espérons que les députés concernés (et notamment Jacques Myard dont la famille politique peut revenir au pouvoir prochainement) revoient leur copie. Espérons surtout que le futur Président de la République mette en œuvre une politique des jeux ambitieuse qui fournira de l’emploi, de l’activité, de la fiscalité….
    Espérons que les joueurs participent de cette politique, prise en otage actuellement par une nomenklatura parisienne, qui se cache dans les cabinets ministériels de multiples commissions et comités et qui, dans sa vision ethnocentrée des pratiques culturelles et passions populaires (jeu, tabac, alcool) méprise peut-être un peu le peuple français, qu’elle voudrait diriger dans toutes ses pratiques, comportements, consommations, passions.
    © Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr, Lyon, France, février 2017
    Notes

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    Reply
  3. 3

    martignoni

    PRIVATISATION DE LA FRANÇAISE DES JEUX :
    POUR OU CONTRE ?

    JPG. MARTIGNONI-HUTIN
    Sociologue, Centre Max Weber, Université Lumière (Lyon II)

    Septembre 2017

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    • LE GOUVERNEMENT D’EDOUARD PHILIPPE VEUT FAIRE ENTRER DE L’ARGENT DANS LES CAISSES DE BERCY EN CEDANT DES ACTIFS DETENUS PAR L’ETAT, ET NOTAMMENT CEUX QUI NE SONT PAS COTES (BANQUE POSTALE, FRANCAISE DES JEUX…)

    • RESTE A SAVOIR S’IL FAUT CEDER A LA FACILITE ET PRIVATISER LA FRANCAISE DES JEUX, OU CONSERVER PRECIEUSEMENT CE BIJOU DE FAMILLE TRES ANCIEN DE LA REPUBLIQUE DES JEUX ?

    • CE CHOIX POLITIQUE, FINANCIER, FISCAL, SYMBOLIQUE…. DE LA NON PRIVATISATION DE LA FRANCAISE DES JEUX OU DE LA PRIVATISATION PARTIELLE DE LA FDJ POURRAIT ACCOMPAGNER UNE REFONDATION AMBITIEUSE DE LA POLITIQUE DES JEUX DE LA FRANCE QUI, DEPASSANT LES RECOMMANDATIONS DE LA COUR DES COMPTES, SERAIT EN HARMONIE AVEC LE PROJET PRESIDENTIEL

    ——

    Le dossier de la privatisation de la Française Des Jeux (FDJ), qui a plusieurs fois défrayé la chronique ces dernières années, notamment en 2008 et 2014 (1), risque de revenir sur la sellette à la rentrée. Bruno Lemaire ayant annoncé au Sénat le 6 juillet, qu’il procèderait à la vente d’actifs non stratégiques pour faire entrer 10 milliards dans la bougette de Bercy. Ce pactole sera destiné à alimenter un Fond sur « l’innovation de rupture » (2) et non à combler le tonneau des Danaïdes du déficit budgétaire. Si peu d’information ont filtré sur ces « prochaines cessions de l’Etat actionnaire » (3) réalisées par l’APE (Agence des Participations de l’Etat) et Bpifrance, la FDJ apparait comme une proie facile, en tant que société non cotée en très bonne santé financière. Quatrième loterie mondiale, deuxième loterie européenne derrière Lottomatica (la loterie italienne), la FDJ revendique 26 millions de joueurs.
    Si les éléments qui militent en faveur d’une privatisation de l’opérateur des loteries sont anciens et connus, les arguments qui invitent à conserver cette précieuse pépite ludique dans le giron de l’Etat le sont moins, alors qu’ils apparaissent nombreux, pragmatiques et peut être même stratégiques dans le cadre d’une nouvelle Politique Des Jeux.
    Souhaitons que le ministre de l’économie entende ces arguments et ne se précipite pas en faveur de la solution de facilité : « se séparer de sa poule aux œufs d’or » (4) en la privatisant complètement. Gageons que le Président de la République prenne le temps de la réflexion avant de procéder à son arbitrage, même si, selon Les Echos, Christian Eckert (5) a révélé sur son blog qu’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, « aurait poussé il y a deux ans à la vente de la FDJ … » (6)
    Mais E. Macron n’est plus ministre. Il préside au destin de notre pays et semble vouloir inscrire son action dans la durée, le pragmatisme et – si nécessaire – la rupture. Cela pourrait modifier les choses. Car, outre le fait qu’il y a sans doute « une préférence française pour le monopole « comme l’a noté récemment Jean Marc Vittori dans les Echos (7 ) ce choix politique » de ne pas privatiser totalement la FDJ pourrait accompagner une refondation ambitieuse de la Politique Des Jeux de la France qui, dépassant « les recommandations de la Cour des Comptes », serait en harmonie avec le dessein présidentiel.
    L’arrivée d’E. Macron bouleverse en effet le paysage politique national. Même si l’industrie des jeux de hasard et d’argent (JHA) n’est pas un dossier prioritaire pour le gouvernement, tous les secteurs économiques seront concernés par cette nouvelle donne dans les mois qui viennent. Considérant les ambitions nationales et internationales du chef de l’Etat, sa volonté d’aboutir, de sortir des blocages traditionnels, de « l’ancien monde » et des « vieilles méthodes »… les opérateurs ludiques peuvent profiter de cette opportunité pour valoriser de manière pérenne leurs nombreux atouts, leur poids économique et culturel, leur histoire ; mais ils doivent surtout (notamment les casinos et le PMU) afficher leurs ambitions et ne pas se contenter de mettre en avant leurs revendications.
    Le fait que le nouveau locataire de l’Elysée mette systématiquement en avant des fondamentaux et des problématiques que les acteurs de l’économie des jeux connaissent bien (travail, efficacité, résultat, transparence, moralisation, emploi, développement économique, excellence Française, marque « France », baisse de la fiscalité pour favoriser l’activité, nécessité d’amoindrir et de simplifier la réglementation…) constitue des éléments objectifs favorables au secteur.

    En finir avec l’Etat Croupier ….

    Privatiser partiellement ou totalement la FDJ (détenue à 72% par l’Etat) ( 8) permettrait de satisfaire Bruxelles qui n’aime pas les monopoles. Il ouvrirait de facto les jeux « sous droit exclusifs » (paris sportifs en dur, loteries, jeux de grattage) à la concurrence, offrant plus de choix et de liberté aux joueurs.
    La société dirigée par Stéphane Pallez perdrait un monopole, dont elle use et parfois abuse. Les sujets sont multiples ou la FDJ pourrait se faire épingler si l’AFP – qui se contente souvent de reproduire pro domo les nombreux communiqués de l’opérateur – refusait d’être instrumentalisée et si les médias faisaient correctement leur travail. : scandale de l’aléatoire prépondérant concernant les jeux de grattage, taux de redistribution (TDR) pingre et réglementé, prix du ticket de loto en augmentation, obsolescence programmée de nombreux jeux pour en lancer en permanence de nouveaux et réaliser des coups marketing, date de péremption aberrante des tickets gagnants, abus de position dominante, absence de consumérisme ludique au détriment de l’intérêt des joueurs ; ambiguïté, contradictions et multiples conflits d’intérêt dans sa politique de jeu responsable et de financement de la doxa du jeu pathologie maladie, manque de transparence….
    Mais il y a plus fondamental. Privatiser la Française des jeux permettrait à l’Etat de sortir de son rapport incestueux avec les JHA. Il se blanchirait d’une accusation idéologique qui lui colle à la peau depuis des lustres, celle d’être un Etat Croupier dans une République des jeux exploitant un nouvel opium du peuple. Accessoirement , cette privatisation pourrait satisfaire les casinotiers, vent debout contre le monopole de l’opérateur de Boulogne favorisé par Bercy… mais qui oublient un peu vite qu’eux mêmes sont en situation de monopole notamment dans l’exploitation des machines à sous et des jeux traditionnels.

    …ou au contraire conserver précieusement ce bijou de famille de la République Des Jeux ?

    Mais les éléments s’opposant à la privatisation de la FDJ sont nombreux.
    1. Le premier est contre toute attente financier. La privatisation de la FDJ rapporterait certes « quelques sous à Bercy » mais peu finalement vis à vis de la vente des participations que l’Etat détient dans les sociétés cotées : EDF (21,8 milliards d’euros), Engie (9,3), Groupe ADP (7), Air Bus (6,3) Thales (5,2)Renault-Nissan (4,7), Orange (5), Safran (4,8)PSA (2,3), Air France KLM (660 millions) Eramet (297 millions). La cession de la Banque Postale (7,3 Milliards) autre société non cotée apparait plus lucrative que celle de la FDJ.

    2. Toujours sur ce registre de l’argent, privatiser la FDJ reviendrait finalement à aller au Mont de Piété (voir encadré en fin d’article) vendre un bijou de famille. Le lecteur nous pardonnera ce parallèle audacieux mais chacun sait que la veuve qui fréquente Ma Tante (voir encadré en fin d’article) est à l’argent, ce que la veuve poignet est à la vie sexuelle. Un apport de cash éphémère… une jouissance passagère, qui ne règle en rien la santé financière de l’Etat… ou la vie sexuelle du quidam onaniste. Au final, vendre les joyaux de la couronne que représente la FDJ, c’est utilisé un fusil à un coup dans une vision courtermiste. La nouvelle France d’Emmanuel Macron a, nous semble-t-il, d’autres ambitions.

    3. En privatisant l’opérateur de Boulogne, l’Etat perdrait une manne récurrente confortable, en constante augmentation depuis 10 ans (9) et qui subit peu d’aléas conjoncturels. Il « braderait » une société publique très rentable dont le prix est difficile à évaluer mais que les banques, ou les capitaines d’industrie qui s’intéressent au dossier, peuvent vouloir sous évaluer. Il cèderait, pour des raisons conjoncturelles, une entreprise qui n’est jamais en déficit et qui a rapporté en 2016 : 3,12 milliards d’euros à Bercy de prélèvement sur les mises et 133 millions de dividendes. L’exemple des concessions autoroutières démontre que la privatisation n’est pas forcément un bon choix financier ( confer annexe 1)

    4. Il y aura en outre un cout politique à cette privatisation, à cause du caractère symbolique de cette vieille Dame, – nommée « Française » des jeux – qui a fêté ses 80 ans en 2013 mais qui a une histoire bien plus longue accompagnant l’Histoire de France, si l’on remonte à l’introduction des loteries en France par Casanova ( confer annexe 2)

    5. Comme nous l’avons vu la privatisation de la FDJ obligerait l’Etat Français à ouvrir à la concurrence les loteries, les jeux de grattage, les paris sportifs en dur. Certes cela démultiplierait l’offre ludique mais rien n’indique que cela soit nécessaire, que Bruxelles l’exige, que les joueurs le demandent et, dans le cas contraire, qu’ils souhaitent que l’augmentation de la fiscalité ludique passe par une privatisation de la FDJ.

    6. Autre élément s’opposant à la privatisation de l’opérateur de loteries , l’importance de son réseau, son rôle social, économique dans les communes, quartiers, villes, villages ou il est implanté. La FDJ disposait en 2015 de 31 900 points de vente (PDV) Ca paraît beaucoup mais en réalité ce réseau est en forte baisse. Il y avait 42 000 détaillants FDJ en 2000. Sur les 25 000 bureaux de tabacs, 21 500 sont des points de vente FDJ. Vendre des jeux est souvent vital pour les civettes, en perte de vitesse à cause des lois liberticides sur le tabac, par ailleurs en perpétuelle augmentation. L’opérateur verse en moyenne 21 000 €/an à ces points de vente. Il cherche depuis plusieurs années à diversifier son réseau physique avec de nouveaux types de commerces proposant ses jeux, ce qui déplait fortement aux buralistes. Rien n’indique qu’une FDJ totalement privatisée conserverait un réseau aussi dense. Elle pourrait : 1/ rationnaliser le maillage ludique du territoire pour ne conserver que les PDV les plus rentables ; 2/ accélérer son réseau numérique et ses jeux digitaux, sans trop de soucier de l’avenir des bureaux de tabac.

    7. Le gouvernement aura plus de mal à appliquer sa politique de jeu responsable. Bien que le secteur des JHA ne soit pas un secteur stratégique, c’est un secteur sensible qui mérite sans doute pour partie de rester dans le giron de l’Etat afin de protéger les personnes vulnérables, de responsabiliser les joueurs sans les infantiliser ou les considérer comme des drogués ou des malades du jeu comme c’est le cas actuellement. Le jeu n’est pas une maladie. C’est une pratique sociale et culturelle, un secteur économique, riche d’une histoire particulière. Il y a une exception ludique française comme il y a une exception culturelle. Si l’Etat ne privatise pas la FDJ, il doit désormais assumer pleinement le fait d’être un Etat « croupier » et, dans le même temps, redéfinir complètement sa politique de jeu responsable qui subit le diktat de la doxa du jeu pathologie maladie, le lobbying du business du jeu compulsif et celui de différentes associations anti jeu, rigoristes et moralistes ( confer annexe 3)

    8. Plus globalement les pouvoirs publics auront sans doute des difficultés à mettre en œuvre une Politique des jeux tout court, quand le principal opérateur ludique sera totalement dans la sphère privée. Et c’est là que nous trouvons l’argument majeur qui milite en faveur d’une non privatisation de la FDJ, qui ne saurait être une fin en soit idéologique. La non privatisation de la FDJ doit s’inscrire dans une nouvelle politique de développement du secteur des jeux qui soit très ambitieuse et en harmonie avec le dessein présidentiel, afin de créer de l’activité sur notre territoire mais aussi de faire rayonner la France en Europe et dans le monde, par exemple en implantant un casino international à Paris ( confer annexe 4)

    9. Dernier élément qui milite en faveur de la non privatisation, le fait que « l’impôt ludique » récolté par la FDJ ( perçu sur ce registre comme une annexe de Bercy) est un formidable « impôt démocratique », car volontaire pour les joueurs, indolore pour les non joueurs. ( confer annexe 5) La fiscalité ludique est populaire, contrairement à la fiscalité traditionnelle détestée des français car devenu « un impôt de plus en plus concentré » (10) et donc très élevé pour ceux qui l’acquittent. Quotidiennement, chaque semaine… les « contribuables » joueurs se pressent avec enthousiasme pour acquitter spontanément cet impôt ludique plein d’espérance et qui, parfois, rend les gens heureux ( confer encadré de l’annexe 3). Il peut donc être augmenté facilement sans dégât politique. L’Etat Croupier n’est pas forcément un gros mot s’il est mis au service de l’intérêt général. E. Macron cherche à faire entrer de l’argent dans les caisses de l’Etat mais ne veut pas augmenter les prélèvements obligatoires à cause du raz le bol des ménages, notamment celui des classes moyennes. Dans le cadre d’une refonte de la politique des jeux souhaitée par la Cour des Comptes, l’impôt ludique pourrait contribuer à cette quête, par exemple en créant une fois par an un « Power Ball à la Française » fortement doté ( confer annexe 6)

    10. Ajoutons pour conclure sur un autre registre – celui de la solidarité internationale – que le gouvernement pourrait reprendre une autre proposition que nous avons émise il y a quelques années : prendre l’initiative de lancer une loterie mondiale caritative pour lutter contre la pauvreté, le sous développement, la reconstruction des pays dévastés par la guerre, les maladies, les épidémies, le manque d’eau, les désastres écologiques… Une telle ambition humaniste apparaît indispensable pour affronter la misère du monde. Elle fera en outre rayonner la France à l’international, ce qui peut sensibiliser le nouveau Président. Ce nouvel impôt mondial volontaire serait plus populaire qu’une flat taxe sur les billets d’avion et plus rentable qu’une taxe Tobin sur les transactions financières (TTF) Assurément mécènes, milliardaires, Etats, organisations internationales (gouvernementales ou non ) multinationales dans le cadre de leur RSE… participeraient spontanément au montage financier préalable, indispensable pour mettre en place une telle loterie mondiale, terrestre et virtuelle. Au final cette proposition ludique solidaire montrerait que les jeux d’argent peuvent, par la puissance collective qu’ils engendrent, participer fortement au bien commun
    —-

    Basés sur la liberté, l’appât du gain et la recherche du bonheur – des moteurs puissants qui stimulent l’âme humaine – les jeux de hasard et argent, qui existent depuis la nuit des temps, n’ont sans doute pas encore donné toute leur capacité. Gageons que l’Etat et les opérateurs ludiques, réunis pour un dessein collectif ambitieux et pas uniquement pour défendre leurs intérêts catégoriels, profitent du début de l’ère Macron pour canaliser cette puissance au service de l’activité en France mais aussi pour la solidarité internationale. Pour se faire il est sans doute nécessaire que la France conserve son exception ludique et garde majoritairement la FDJ dans le giron de l’Etat, ce qui ne l’empêche d’ouvrir son capital et d’entrer en Bourse. C’est l’hypothèse retenue par l’agence Reuters qui évoque « des réflexions en cours sur une privatisation partielle de la FDJ (…) avec l’entrée au capital d’un opérateur de contenus ou d’une autre loterie européenne »(11)
    Alors que s’est déroulé à Paris en 2015 un colloque organisé par l’ARJEL, deux députés (Régis Juanico et Jacques Myard) ont été nommés rapporteur d’une Mission d’évaluation de la régulation des jeux d’argent, dans le cadre du Comité d’Évaluation et de Contrôle des politiques publiques (CEC) de l’Assemblée nationale. Certes, certains n’ont pas manqué de critiquer cette Mission, tant il est vrai qu’elle n’est plus représentative de l’échiquier politique et qu’elle ne l’a jamais été, outre qu’ elle comporte des mesures très liberticides qui méritent débat, comme celle de vouloir identifier les millions de joueurs de la FDJ et du PMU. Néanmoins elle nous apparaît importante car elle concerne aussi bien les réseaux ludiques physiques que les opérateurs de jeux et surtout elle a été épaulée par un rapport complet et chiffré du secteur réalisé par la Cour des Comptes. Un rapport remarqué des sages de la rue Cambon qui bouscule pas mal les choses.
    Souhaitons que l’Etat et les opérateurs de jeu profitent de la publication de ces travaux et de la nouvelle donne politique issue des dernières élections présidentielles pour lancer des Etats Généraux du gambling et du e gambling afin que la Politique Des Jeux de la France ne soit plus prise en otage par certains fonctionnaires de Bercy ou du Ministère de la santé, par la doxa du jeu pathologie maladie, différentes associations anti jeu et même par certains opérateurs en situation de monopole ou non et qui veulent surtout que rien ne change.
    Il est grand temps également que l’Etat, mais aussi les opérateurs de jeu revoient leur copie en matière de politique de « Recherches » sur les jeux, y compris en ce qui l’Observatoire des jeux (composition, indépendance, missions, scientificité, financement..) et en matière de jeu responsable
    Il est grand temps que la société civile ( et notamment les joueurs, les grands oubliés de la politique des jeux depuis) soient majoritairement décideurs de cette politique…car ce sont eux qui financent la totalité des trois filières
    Il est grand temps au final que l’Etat et la représentation nationale revoient leur copie en matière de politique des jeux et de développement de cette activité économique, au lieu de mettre systématiquement en avant une politique de jeu responsable en réalité irresponsable au niveau économique et fiscal, qui exacerbe le principe de précaution et déresponsabilise les joueurs.
    Les ambitions du nouveau Président élu, sa méthode, son pragmatisme… nous invitent à penser que ce temps est venu.

    © jpg martignoni-hutin, sociologue, université Lumière, lyon II, centre max weber(cmw) équipe TIPO, Lyon, France, septembre2017

    notes

    1. « Le gouvernement envisage de privatiser la Française des Jeux »(LES ECHOS , 12/6/2008) « Vers une privatisation partielle de la FDJ » (Challenge 17/9/2014) « Pourquoi privatiser la FDJ serait un casse tête « ( L’Obs du 28 aout 2014) « FDJ : une éventuelle privatisation n’est pas une priorité pour l’Etat « (selon Stéphane Pallez PDG de la FDJ « (Le Parisien éco 28 janvier 2015) « Pas de privatisation pour la FDJ » Cédric Pietralunga (Le Monde économie, 7 décembre 2014)
    2. « Privatisations : cessions d’actifs non stratégiques de l’Etat à partir de septembre « (Le journal des finances n°2270, 8 juillet 2017, page 5)
    3. « Etat actionnaire : les prochaines cessions à surveiller « Alain Chaigneau (Le Revenu n°1437, 14 au 20 juillet 2017, page 9)
    4. « Française des jeux : l’Etat va-t-il se séparer de sa poule aux œufs d’or » (V. Bontemps, le Revenu du I8/7/2017)
    5. Ancien secrétaire d’Etat au Budget
    6. « Spéculations autour de la vente par l’Etat de 10 milliards d’euros d’actifs » (Renaud Honoré, Les Echos.fr, IO/7/2017)
    7. « La préférence française pour le monopole « JM Vittori ( Les Echos 23 aout 2017 page 6)
    8. Les actionnaires détenant au moins 5 % du capital au 31 décembre 2015 sont l’Union des Blessés de la Face et de la Tête (9,2 %) et le FCP salariés de la FDJ (5 %). Les autres actionnaires ont moins de 5 % du capital.
    9. Le CA de la FDJ a doublé entre 1995 et 2014, passant de 5 Md€ à plus de 13 Md€ (+160 %). En 2016 il pèse 14,3 milliards d’euros. Les loteries et les « gratteux » ( charmante expression québéquoise pour nommer les loteries instantanées) sont la cash machine de la FDJ (84,8 % des mises en 2014). Les paris sportifs sont en forte croissance (15,2 % en 2014, contre 4,1 % en 2007). Les paris sur le sport ont progressé de 11% en 2016. Soulignons – alors qu’on parle beaucoup de digitalisation des jeux d’argent – que 90% des paris sportifs de la FDJ sont réalisés dans son réseau de proximité.
    10. Etienne Lefebvre : « Les dangers d’un impôt de plus en plus concentré ( Les Echos 19 juillet 2017) Sur l’aberration et l’injustice du système fiscal français lire également : « Ingrid Feuerstein : « La part de Français payant l’impôt sur le revenu au plus bas depuis cinq décennies « ( Les Echos 19 juillet 2017
    11. Cité par Zone Bourse in : « Les sociétés du Cac 40 se préparent aux cessions de l’Etat « (Zonebourse du 7/8/2017)

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