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    martignoni

    Questions au futur Président de la République sur les Jeux d’argent et la Politique Des Jeux de la France

    Jean-Pierre MARTIGNONI-HUTIN, Sociologue
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    1. Monsieur le Président de la République, comptez-vous développer le secteur des jeux d’argent – facteur d’emplois, d’activités et de recettes pour l’Etat, les communes, le sport, la culture – ou, comme le gouvernement précèdent, mettre l’accent sur le jeu pathologie maladie, cette « addiction sans substance » qui fait débat dans la communauté scientifique internationale car porteur d’une pathologisation abusive de l’ensemble des comportements et passions humaines ?

    2. Monsieur le Président, les jeux de hasard représentent un formidable « impôt volontaire » ou seuls ceux qui jouent cotisent. A l’heure ou les français subissent un matraquage fiscal, pensez vous, comme le suggèrent certains observateurs, développer cet « impôt démocratique »(1), par exemple en lançant de nouvelles loteries fortement dotées, comme le font les américains avec le power-ball et comme le perpétuent depuis 1812 les Espagnols avec la Loteria de Navida ? En relançant l’impôt ludique l’Etat ne ferait en effet que renouer avec l’Histoire. Les loteries importées d’Italie par Casanova, ont fait rentrer de l’argent dans les caisses publiques. Les révolutionnaires de 1789 avaient eux-aussi compris l’intérêt de cet « impôt citoyen » en transformant la Loterie Royale en Loterie Nationale. La manne ludique a également aidé les Gueules Cassées de la Grande Guerre et en 1933 les parlementaires ont réintroduit la Loterie pour lutter contre les calamités agricoles. Dans toutes ces époques, le jeu n’était pas synonyme de maladie ou de drogue mais de « solidarité ». Comme l’a précisé le Professeur Tremblay de l’Université du Québec à Montréal, « l’exploitation par les Etats des jeux de hasard est un phénomène universel dont la finalité originelle est humanitaire et vise le développement du bien commun. Les jeux d’argent exploités par les Etats sont de véritables taxes volontaires, voire enthousiastes. »

    3. Le gouvernement socialiste a curieusement nommé comme responsable des études de l’Observatoire « Des Jeux » (ODJ) l’ancien directeur de l’Observatoire « des drogues » limogé par Etienne Apaire le Président de la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie). Ce qui revient symboliquement à assimiler les joueurs à des « drogués » et les opérateurs de jeux à des « dealers ». Ne pensez-vous pas Monsieur le Président, que les passions ludiques de nos concitoyens, et l’activité des professionnels qui travaillent dans ce secteur, méritent un autre traitement et qu’il est nécessaire de rebattre les cartes en matière d’études sur les jeux d’argent, afin que l’ODJ devienne un observatoire pluridisciplinaire neutre, qui rende compte scientifiquement des jeux de hasard et d’argent, comme l’avait imaginé ses fondateurs ? (2)

    4. Monsieur le Président, Anne Hidalgo a repoussé avec mépris la proposition d’implanter un casino international dans notre capitale, projet pourtant préconisé par le Préfet Jean-Pierre Duport. Pensez-vous rouvrir ce dossier quand vous entrerez en fonction, afin que Paris se dote – comme la quasi totalité des métropoles européennes – d’un casino prestigieux ? Un casino made in Paris deviendra certainement un casino prestigieux, peut être l’un des premiers au Monde vu l’attractivité de la capitale et la présence de nombreux touristes et visiteurs ( chinois, asiatiques, américains, russes …… ) qui généralement ne viennent pas les poches vides quand ils fréquentent Paris pour le tourisme ou les affaires (3). Un partenariat avec Carolyn Goodman (maire de Las-Vegas) et les groupes américains (Caesar Entertainment, MGM, Las Vegas Sands…) pour exploiter la symbolique des deux villes – dans un package ludico-festif et historico-culturel Las Vegas/Paris » – étant susceptible de séduire de nombreux américains. Quant aux touristes chinois (2,2 millions en 2015) ils représentaient une cible particulièrement attractive pour un futur casino parisien. Ils dépensent actuellement 3500 euros. Une innovation majeure (application Smartphone Aliplay lancé par Alibaba) leur permet désormais de dépenser jusqu’à 30 000 euros sans transporter de liquide, quand ils voyagent à l’étranger .

    5. Toujours à Paris, l’Assemblée Nationale vient d’autoriser pour trois ans les « clubs de jeu » pour assainir la situation des ex « cercles » parisiens. Soutenez-vous cette expérimentation, qui répond à une demande ludique locale spécifique, tout en réduisant les jeux clandestins, ou pensez-vous, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, que c’est un « projet funeste, contraire aux intérêts des Parisiens » ?

    6. Comme vous le savez Monsieur le Président, la France possède un précieux patrimoine casinotier avec plus de 200 exploitations. Ce secteur est en difficulté structurelle (-22% de 2007 à 2014). Certaine établissements sont en déficit chronique comme le casino de Lille, qui rapporte pourtant chaque année 10 millions à la ville de Martine Aubry. Surfiscalisée, surréglementée… l’économie casino a besoin d’oxygène et de liberté. Pensez- vous, comme le souligne certains observateurs ( 4), que la France possède un patrimoine casinotier qui pourrait être mieux valorisé ? Quelles mesures prendrez-vous pour dynamiser l’économie casinotière (jeu, hôtellerie & restauration haut de gamme, thermalisme, spectacles, manifestations culturels…) tout en sachant qu’elle participe au tourisme français pour lequel 2017 sera une année « cruciale » (5)

    7. Toujours dans ce secteur Monsieur le Président, les machines à sous ont permis l’ouverture sociologique et démocratique des casinos et ont sauvé de nombreuses exploitations. Mais sous la pression d’ associations anti jeu, de la doxa du jeu pathologie, de l’administration, un contrôle aux entrées (CAE) a été rapidement introduit. Ne pensez-vous pas qu’il faut supprimer ce contrôle aux entrées responsable pour partie de la décroissance des casinos ? La police des jeux et les casinotiers ayant largement les moyens de surveiller la clientèle indélicate ou « interdite de jeux », qui est très minoritaire. (35 000 personnes) Par ailleurs, s’il est plus que jamais nécessaire de surveiller et d’identifier les flux financiers dans le cadre de la lutte anti blanchiment et contre le financement du terrorisme (LAB/FT) TRACFIN, en collaboration avec la profession, a largement les moyens de le faire sans ce CAE généralisé, qui a concerné 32 millions de personnes en 2015 !

    8. Monsieur le Président, grace à Christophe Blanchard Dignac longtemps à la tête de la Française des jeux ( FDJ) et désormais grace à Stéphane Pallez, la FDJ surperforme depuis plusieurs années, dépassant la barre des 10 milliards. C’est une bonne chose pour les finances publiques. Mais dans le même temps, la FDJ met en avant une « soi disante » politique de lutte contre l’addiction qui ne trompe personne. Ne pensez-vous pas que cette hypocrisie a assez duré et qu’il faut que la FDJ et l’Etat – son principal actionnaire – assument pleinement le fait de vendre des jeux ? Dans le cas contraire n’est il pas venu le moment de privatiser la FDJ et d’ouvrir les loteries et les jeux de grattage à la concurrence ? Quelle est votre position sur cette question sensible?

    9. La filière hippique et ses 6,5 millions de turfistes irriguent les territoires, avec ses hippodromes, ses cafés PMU, ses métiers du secteur cheval, et fait rayonner la France à l’international, avec ses Grands Prix, ses ventes de yearling, l’activité du PMU dans le monde… Monsieur le Président, quelles mesures comptez-vous prendre pour soutenir les paris hippiques et la « filière cheval » qui occupent 180 OOO personnes, dont 30 000 travaillent dans le secteur des courses ?

    10. Monsieur le Président avec la loi du 12 mai 2010 la France – sous la pression de Bruxelles – a tardivement légalisé le ludique digital en ouvrant à la concurrence certains jeux de hasard sur internet (poker, paris hippiques et sportifs). Mais à cause de contraintes technico-règlementaires trop lourdes et d’une fiscalité confiscatoire, la moitié des opérateurs ont cessé leur activité (35 en 2010, 16 en 2015 ) Sans forcément « supprimer l’ARJEL » comme l’ont proposé récemment certains parlementaires, n’est il pas tant de lâcher un peu la bride aux opérateurs virtuels pour que ce secteur de l’économie numérique puisse enfin prendre son essor, comme l’a fait Sébastien Soriano le Président de l’ARCEP avec une régulation a minima pour développer « l’internet des objet » ? Cette liberté permettra aussi de juguler l’évasion ludique et fiscale des gros joueurs de poker et de lutter contre les pratiques de jeu sur des sites non autorisés?

    11. Monsieur le Président, plus largement, les Jeux d’argent font partie avec l’alcool et le tabac de ce que l’on nomme (à tort ou à raison) « l’industrie du vice ». Le gouvernement socialiste à multiplier les mesures liberticides, réglementaires et fiscales contre ces économies, encore dernièrement avec le « paquet neutre » ( 6) et le slogan « fumer tue ». Mesures morbides extrêmes qui salissent les buralistes, stigmatisent treize millions de fumeurs de cigarettes et de cigares, boostent un marché clandestin déjà très élevé. Mais parallèlement, ce même gouvernement ouvre de tristes salles de shoot et promeut – par le truchement d’un think tank proche du pouvoir socialiste (Terra Nova) ( 7) – , la légalisation du cannabis. Monsieur le Président, ne pensez vous pas qu’il faut « revenir en arrière », en appliquant un principe de précaution responsable mais raisonnable. comme en matière d’alcool avec le slogan : « à consommer avec modération »

    12. Monsieur le Président une dernière question qui est peut être la plus importante. Certains observateurs ( 8) ont lancé l’idée en 2012 d’une « loterie mondiale caritative » qui rapportera plus qu’une taxe Tobin sur les transactions financières, ou qu’une flat taxe sur les billets d’avion. Ne pensez vous pas que la France, dont la voix est écoutée dans le monde, pourrait se faire le porte parole – auprès des organismes internationaux et des grands philanthropes et milliardaires de la planète – de cette proposition susceptible – par l’ampleur du « fond souverain ludique » constitué qui grossirait à chaque tirage – d’éradiquer la pauvreté, la misère et le sous développement… ?
    ——

    Monsieur le Président de la République Française, vous l’aurez remarqué, à travers ces questions sur l’économie des jeux, dont le sociologue Roger Caillois pensait « qu’ils donnent à voir sur notre société », j’ai un peu dépassé la neutralité du sociologue tombant dans la « tentation de l’oracle » qui passe du constatatif au normatif et je m’en excuse. Mais c’est sans doute parce que je pense, comme le disait Clémenceau « qu’il faut savoir ce qu’on veut et quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire » . C’est aussi parce que j’ai la conviction, dans ce domaine comme dans d’autres, que la France a besoin de changements ( basés sur la liberté, la responsabilité, l’autorité…) et que seule, la puissance publique, issue du peuple que vous représenterez, pourra légitimement l’incarner.
    Certes la Cour des Comptes (suite à la Mission menée par les députés Régis Juanico et Jacques Myard) vient de publier un rapport ( précis, intelligent, novateur) sur l’économie des jeux et le Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques (CEC) produira en février 2017 un rapport sur la « La régulation des jeux d’argent et de hasard en France «. La Cour propose 9 Recommandations et notamment de créer un comité interministériel responsable de la Politique des Jeux et une nouvelle autorité administrative indépendante (ARJAH) qui regrouperait : l’ARJEL, la commission des jeux sous droits exclusifs, la commission consultative des jeux de cercles et de casinos et l’observatoire des jeux.
    Mais ce rapport comporte aussi de multiples questions qui méritent débats ( identification de tous les joueurs, taux de redistribution, composition et indépendance de l’observatoire des jeux etc… ). Il souligne indirectement par ailleurs des interrogations politico-économiques fondamentales. La « régulation » des jeux d’argent doit t elle être uniquement une régulation administrative, règlementaire, policière, fiscale ou doit-être également une « régulation économique » ? L’Etat peut-il mener à bien la refondation de la Politique des jeux de la France souhaitée par la Cour, s’il reste en Etat Croupier ?
    Au final ce sera donc bien à vous Monsieur le Président et à votre majorité (et non uniquement : aux opérateurs, aux corps intermédiaires, administrations et multiples commissions concernées…) ; de répondre à ces questions et de donner » les grandes orientations de la Politique Des Jeux de la France » – De notre point de vue de sociologue de terrain, spécialisé depuis plus de 20 ans dans les jeux de hasard et d’argent, ces orientations doivent rompre peu ou prou avec les multiples mesures liberticides du gouvernement précèdent, notamment mais pas seulement celles imposées en matière de santé publique par la doxa du jeu pathologie maladie, en conflits d’intérêts dans cette affaire. Elles pourraient s’inscrire dans les directions suivantes :
    • Liberté
    • Développement du secteur, emplois…
    • Principe de précaution responsable mais raisonnable
    • Refonte de l’Observatoire des jeux
    • Participation des joueurs à la Politique des jeux (les grands oubliés de la politique des jeux qui financent pourtant toute la filière)
    ——
    Jean-pierre.martignoni@univ-lyon2.fr
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    Notes

    1. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr « Les jeux d’argent : un impôt démocratique : les loteries, casinos et jeux à gratter ont mauvaise presse. Ils permettent pourtant à l’Etat de se financer. Un Etat bien hypocrite et qui aurait tout à gagner à revoir sa politique en la matière.* » (publié sur Les Echos.fr du 30/12/2016) * le sous titre est de la rédaction des Echos

    2. L’observatoire des jeux (ODJ) a été fondé par Jean-Pierre Martignoni (sociologue) Christian Bucher ( psychiatre), Marc Valleur (psychiatre, directeur de Marmottan), M. Vincent Beaustar (avocat). Confer : 1/ JP Martignoni =  » Prolifération des jeux d’argent, misère de la recherche  » (publié dans Les Echos : le quotidien de l’économie du 25 Juin 2001, p.60) ; 2/ JP Martignoni, M. Valleur, M. Vincent, C. Bucher, « Pour un observatoire des jeux en France“ (publié dans les Dernières Nouvelles d’Alsace n°264, 11,12 novembre 2003) ; 3/ JP Martignoni, C. Bucher, M. Valleur, M. Vincent Beaustar = » La nécessité d’une réelle politique des jeux “ (publié dans : Les Echos, 26,27 décembre 2003, p.10, “Idées »

    3. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr « Paris, Macao, la Tour Eiffel ..et Anne Hidalgo « : alors que Paris a rejeté le projet d’un casino parisien, Macao inaugure un gigantesque resort – The Parisian – qui exploite les symboles de notre capitale » (7 pages, 17 notes, octobre 2016 ) publié sur lescasinos.org du 19/10 2016)

    4. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr = « La France, le pays des casinos : LA FRANCE POSSEDE UN PATRIMOINE CASINOTIER EXCEPTIONNEL…. QUI POURRAIT ETRE DAVANTAGE VALORISE » (19 pages, 43 notes, 7 annexes, décembre 2016)

    5. « 2017, année cruciale pour la relance du tourisme français » (C. Palierse, Les Echos, 11 janvier 2017, p.9)

    6. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr « Tabac : le paquet neutre…et après ? » ( 2 pages, octobre 2016) ( publié sur Les Echos.fr 25 octobre 2016)
    7. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr « ARJEL, JEU & CANNABIS : l’imposture intellectuelle de Terra Nova » (5 pages, 21 notes, octobre 2016, publié sur lescasinos.org du 12/10/2016

    8. Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr = « TOBIN OR NOT TOBIN ? : GAMBLING ! = POUR UNE LOTERIE MONDIALE CARITATIVE À 1 MILLIARD D’EUROS ( 1,3 millions de $) » = (publié sur jeuenligne.ca, 7 mars 2012)

    © Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN Jr, (Sociologue, Chercheur associé au Centre Max Weber, Université Lumière (Lyon II), Lyon, France, janvier 2017.

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